Dans son intéressant Blason populaire de Franche – Comté, Charles Beauquier mentionne que les habitants de Damprichard, jolie commune industrielle du canton de Maîche, sont désignés sou le surnom original de
« Grille – Souris ».

L'éminent archiviste n'indique point l'origine de cette dénomination que les anciens de la commune sont seuls à connaître. Et voici l'histoire qu'ils content à ce sujet.

Depuis quelques années les incendies se multipliaient dans la région de Damprichard. Les causes des sinistres demeuraient inconnues; à défaut d'électrification, les courts-circuits ne pouvaient être invoqués. De laborieuses enquêtes furent édifiées sans résultat. Les propriétaires des maisons incendiées, d'ailleurs toujours assurés, se lamentaient ouvertement, déplorant la perte irrémédiable de souvenirs anciens auxquels ils attachaient une très particulière importance. Les voisins n'avaient rien remarqué, ne savaient rien. Et la plupart du temps tous s'accordaient pour incriminer l'inflammabilité exceptionnelle des bois de sapins utilisés dans la construction des maisons.

Cependant les autorités étaient en éveil. Les gendarmes, les gardes forestiers, les douaniers eux-mêmes étaient alertés et avaient la consigne, à la moindre constatation, d'avertir immédiatement le Parquet de Montbéliard.

Or, tout était tranquille depuis quelques temps, quand par une très noire nuit de mars, des lueurs d'incendie furent aperçues dans la direction du hameau de Chaboudot : c'était la maison du père Ferréol qui brûlait.

Curieuse figure que celle de ce père Ferréol, alerte et droit, malgré ses soixante ans passés, bûcheron et contrebandier à l'occasion, qui, après avoir longtemps animé les fêtes d'alentour de son entrain et de ses réparties spirituelles, vivait seul dans une vieille maison où le désordre régnait en maître.

Un vigilant garde communal demeurant non loin de Chaboudot étant accouru aussitôt, put surprendre le père Ferréol sortant de son écurie où l'on découvrit que le feu avait pris dans un amas de bois sec préparé.

Le crime était flagrant et, tandis que les « Damprichard » ne voulant pas être soupçonnés de complicité, éteignaient l'incendie, le malheureux père Ferréol était conduit à la gendarmerie de Maîche.

Longtemps, devant les gendarmes comme devant le juge d'instruction, il essaya de contester sa culpabilité. En présence des preuves matérielles accumulées contre lui, il se confina ensuite dans un silence prudent, puis, soudain, se décida brusquement à avouer.


Et comme le juge d'instruction lui demandait, ce qui avait pu le déterminer à agir, le père Ferréol répondit ingénument :
« I n'pio pai m'débarrassie tchie not des raites pouot les detrure tout net, iâ boutâ I'fue ai lai môson pouot les grilli . . . »

« Je ne parvenais pas à me débarrasser chez nous des souris. Pour les détruire entièrement,
j'ai mis le feu à la maison pour les griller ! ».

C'est depuis lors que les habitants de Damprichard sont appelés les « Grille – Souris ».

A la vérité, beaucoup d'entre eux protestent aujourd'hui contre cette désignation infâmante.

Qu'ils se rassurent ! Le trouble passé est définitivement aboli. Dans le cadre verdoyant des sapins descendant en troupe des montagnes voisines et à côté des usines d'horlogerie qui se sont multipliées, les « Damprichard » ont construit des maisons riantes, propres, qui n'ont plus besoin d'être purifiées des « raites » d'antan par le feu et où une large hospitalité est toujours offerte, pleine de cette honnête et sûre cordialité franc-comtoise qui caractérise les Montagnons de Là-Haut.



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